Le jeu du Roi

Philippe Boiry, prince d’Araucanie est décédé

Dimanche matin 5 janvier 2014, Philippe Boiry, dernier détenteur du titre de prince d’Araucanie et de Patagonie, est décédé dans sa résidence de Chourgnac d’Ans (Dordogne). Les obsèques seront célèbrées le 9 janvier (1). Retour sur un parcours atypique. 

Philippe Boiry (à droite), prince d'Araucanie et de Patagonie lors d'une cérémonie au cimetière de Tourtoirac. © PHOTO ARCHIVES ARNAUD LOTH

Philippe Boiry (à droite), prince d’Araucanie et de Patagonie lors d’une cérémonie au cimetière de Tourtoirac. © PHOTO ARCHIVES ARNAUD LOTH

Si beaucoup ont découvert le royaume de Patagonie dans les livres de Jean Raspail, certains ignorent peut-être que le titre de prince d’Araucanie et de Patagonie, celui d’Antoine de Tounens, jeune avoué de Périgueux parti en 1860 pour conquérir l’extrême sud de l’Amérique, s’est transmis par désignation et sans interruption depuis.

Ce titre, souvent raillé, c’est Philippe Boiry, né le 19 février 1927, qui l’avait reçu en 1951 des mains de Jacques Antoine Bernard, dit « Antoine III », directeur des éditions du Mercure de France, rencontré alors que l’écrivain journaliste d’origine périgourdine souhaitait y publier un livre.

Dès lors, Philippe Boiry avait pris fait et cause pour la « nation mapuche », celle des Indiens Mapuches du Chili, et il estimait être l’inspirateur, si ce n’est l’instigateur de leur lutte pour l’autonomie.  » En 1989, je suis allé là-bas et j’ai rencontré une cinquantaine de responsables d’associations mapuches, m’avait-il raconté lorsque je l’avais rencontré en 2011. Le succès médiatique de mon voyage a provoqué une conscientisation de leur part. Par exemple, je les ai incité à demander l’autonomie plutôt que l’indépendance. »

Fou ? Non. Le prince Philippe savait bien, au fond, qu’il ne rétablirait pas le Royaume d’Araucanie et de Patagonie sur les terres qui appartiennent désormais au Chili et à l’Argentine. Mais il voyait sa « monarchie » comme une notion unificatrice pour les différentes tribus mapuches « avec cette nuance qu’il leur est difficile de l’admettre parce qu’ils ont un vieux fond de marxisme« , reconnaissait-il.

De fait, nombreux sont les mapuches en lutte contre le Chili qui ne connaissent certainement pas l’existence du Français Philippe Boiry, et effectivement, des leaders du mouvement rejettent catégoriquement son influence comme le montrait un documentaire diffusé par France 3 en 2012 (il n’est malheureusement plus disponible mais vous pouvez trouver le résumé ici). Ainsi, Jorge Huenchullan, grande figure de la résistance interviewé dans le doc de France 3, expliquait alors clairement : « la lutte mapuche se développe à l’intérieur de nos communautés, ici, à partir de notre propre existence. Il n’y a pas de lien avec des organisations étrangères qui nous pousseraient à être actifs dans la lutte. Cela n’existe pas. »

Il existe néanmoins un lien entre le prince et les indiens du Chili. Outre les messages adressés par Philippe Boiry pour le Nouvel An Mapuche chaque année le 24 janvier, quelques Mapuches sont associés à la gestion du Royaume « en exil » et le prince a été un temps, expliquait-il, leur représentant au sein du groupe de travail sur les peuples autochtones de la Commission des Droits de l’Homme. 

Régulièrement, des Indiens Mapuches sont présents lors des soirées organisées par la maison royale d’Araucanie pour divers occasions, comme lors de la fête de sainte Rose de Lima par exemple. Je me souviens qu’en 2011, lors de notre rencontre, Philippe Boiry se réjouissait de la venue de la Lonko Juana Calfunao, résistante mapuche qui avait mené une longue grève de la fin en prison et venait d’être libérée, à la soirée donnée en l’honneur du soixantième anniversaire de son accession au trône. A l’époque, imaginer la rencontre entre cet homme à la mise impeccable et une indienne en tenue traditionnelle m’avait paru complètement fou. Mais lui n’en était pas à une incompréhension près…

Etre prince, m’avait-il confié, ça lui avait rapporté « beaucoup d’emmerdes« . Ses grandes déceptions, après soixante ans de règne, tenait en deux mots : « trahison et dérision ». Une tradition princière, se plaisait-il à rappeler. Antoine de Tounens, le premier prince fut trahi par son interprète qui le livre aux Chiliens. « Puis on essaye de le faire passer pour fou « . Philippe Boiry, lui, faisait la liste de ses traîtres, de ceux qui ne l’avaient pas pris au sérieux et rigolaient des médailles qu’il distribuait à la petite « cour » qui gravitait fidèlement autour de lui. Il se souvenait encore de l’un d’entre eux qui, en 1971, l’avait traité de « prince de loufoquerie, les phoques de Patagonie évidemment« . Il gagne son procès en diffamation, le premier d’une longue série.

Et puis il y avait Jean Raspail, l’autre, qui avait popularisé la vie d’Antoine de Tounens dans ses ouvrages et s’était autoproclamé Consul général d’un royaume de Patagonie imaginaire« C’est un très bon écrivain mais il a complètement déformé l’histoire. Son livre a été une immense déception. Il fait passer Antoine de Tounens pour un fou impuissant », estimait Philippe Boiry. « Ça me consterne, et les Mapuches aussi, c’est ridicule ! ».

À l’époque où j’ai rencontré les deux protagonistes, la détestation était réciproque : « toute sa construction ne repose sur rien, c’est un affabulateur », avait lâché Jean Raspail. Puis il avait ajouté : « En fait, je ne lui reproche pas d’avoir joué. Pourquoi pas ? Après tout moi aussi je me suis autoproclamé consul… Ce que je lui reproche, c’est de dire que cela est vrai. » 

Cela est-il vrai ? Je n’en sais rien. Mais Philippe Boiry, bien évidemment, n’en doutait pas une seconde. D’ailleurs, lorsqu’il avait sorti son chéquier pour régler l’addition, il avait montré fièrement, le titre de « prince d’Araucanie et de Patagonie »qui  y figurait, comme sur son passeport, avait-il assuré.

Avant de nous séparer, il s’était arrêté un instant et avait confié :  » Vous savez, il y a une grande différence entre vivre et exister, et moi, je crois que j’ai vraiment existé… »

Philippe Boiry a existé, cela j’en suis sûre. Qu’il repose en paix.

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(1) Les obsèques du Prince Philippe d’Araucanie seront célébrées jeudi 9 janvier 2914, à 14h30, en l’abbaye de Tourtoirac (Périgord), village où est enterré Antoine de Tounens.

On m’informe aussi que « S.A.R. le Prince avait souhaité le port du manteau de l’Ordre de l’Etoile du Sud par les membres de l’Ordre. »

 

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Le BLAP numéro XV est en kiosque (ou presque)

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La Lettre de Port-Tounens reçue hier, informe les « chers amis et compatriotes » que le BLAP (Bulletin de Liaison des Amitiés Patagones) numéro XV, pour l’année 2014, est disponible.

Depuis la parution du BLAP numéro XIV, le drapeau patagon nous informe la missive, « a été hissé par les sujets Patagons en beaucoup d’autres endroits à travers le monde. » Sur l’en-tête de la lettre de Jean Raspail, Consul général du Royaume de Patagonie, on le voit ainsi flotter sur un camp de yourtes plantées dans les montagnes du Yunnan, en Chine.

Lettre de Port tounens 2013

Autre nouvelle : le Consulat général de Patagonie et la Chancellerie constatent que « de nombreux compatriotes ont été naturalisés, notamment depuis le mois de mai 2012 ». Une allusion transparente à la date de l’élection de François Hollande. Faut-il croire qu’un gouvernement de gauche fait exploser le nombre de naturalisations patagones ? Je n’ai aucune donnée statistique à ma disposition (je me renseigne). Quoiqu’il en soit, Jean Raspail explique lui-même que l’élection de François Mitterrand en 1981 avait entraîné un afflux massif de demandes naturalisation.

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PTG #2

Croisé hier soir – Paris 7ème. 

Si l’un d’entre vous se reconnaît…

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Le BLAP numéro XIV est en kiosque (ou presque)

Arrivée dans ma boîte aux lettres hier, La lettre de Port-Tounens informe les « chers amis et compatriotes » du Consulat général de Patagonie que le numéro XIV du BLAP sera disponible pour Noël.

La lettre de Port-Tounens envoyée par la Chancellerie

Vous ne connaissez pas cet acronyme barbare ?

BLAP = Bulletin de Liaison des Amitiés Patagones aussi appelé le Moniteur de Port-Tounens.

Ce bulletin est édité par la Chancellerie du Consulat général de Patagonie. Il est aussi l’unique lien entre le Consulat et plus particulièrement le Consul, Jean Raspail, et les Patagons qui se l’arrachent.

Sa rubrique la plus intéressante est bien sûr l’annuaire diplomatique et consulaire (je n’invente rien). Encore plus chic que le botin mondain, plus sélectif que le Who’s Who, il recense, par départements, tous les Patagons naturalisés et en règle avec la Chancellerie… Une étude approfondie révèle quelques surprises !

J’ai eu l’occasion d’avoir presque tous les numéros du BLAP entre les mains et l’objet non identifié à la parution épisodique a évolué de la feuille de chou à un épais magazine sur papier glacé.

Si l’on en croit La lettre de Port-Tounens, « le numéro XIV comportera 164 pages, dont 68 pages de photographies et documents en couleurs, un annuaire général de tous les sujets de S.M. enregistrés à la chancellerie et un annuaire diplomatique et consulaire réactualisé, ainsi qu’un éditorial, divers articles et reportages inédits ».

Peut-être y trouvera-t-on aussi des informations sur la prochaine reprise des Minquiers (le récit vaut le détour), qui aurait du, en toute logique, avoir lieu en 2012…

Quant aux détails techniques, sachez que le tirage du BLAP est limité « comme il sied à un document de collection », la chancellerie appelle donc ses ouailles à commander son BLAP au plus vite.

Venons-en au plus important : le magazine coûte tout de même 33€, mais seulement 0,33 pesos patagons.  Une augmentation de 3€ par rapport au dernier BLAP que la chancellerie — réjouissons-nous ! — attribue au besoin de couvrir ses dépenses face au nombre croissant de sujets patagons…

NB : Pour plus de renseignements laissez un mot en commentaire, je vous enverrai l’adresse postale de la chancellerie.

PTG #1

J’ai enfin vu un autocollant PTG sur une voiture !

J’avais découvert le fameux PTG lors de ma visite à la Chancellerie générale, mais je ne l’avais jamais vu en vrai, collé sur une voiture qui roule ! C’est désormais chose faite et c’est au péril de ma vie (et grâce à l’habileté du pilote) que j’ai pu le prendre en photo sur cette Mercedes lancée à bien plus de 130 km/h…

Première fois que j’en vois un en vrai !

« Monseigneur et les Indiens » – documentaire sur France 3

Le Royaume d’Araucanie et de Patagonie s’invite sur les écrans !

Image extraite du documentaire de France 3 "Monseigneur et les Indiens"

France 3 a diffusé hier un documentaire sur les « héritiers » d’Orélie-Antoine de Tounens, d’un côté les « réalistes » fidèles à Philippe Boiry, de l’autre les « rêveurs » emmenés par Jean Raspail.

[ HELP] Si vous ne comprenez pas un traître mot de la phrase précédente, j’ai déjà expliqué en quoi consistaient ces deux versions du royaume dans un précédent billet. Je vous ai même fait un dessin!…[FIN DE HELP]

Mais qu’en pensent les Mapuches ?

C’est à ma connaissance la première fois qu’un travail documentaire fait ainsi le tour du royaume actuel avec autant de précision. Mais surtout, c’est une des premières fois où l’on entend le point de vue des indiens Mapuches (ceux qui vivent actuellement en Araucanie, wikipédia vous l’expliquera mieux que moi) sur cette récupération très franco-française du Royaume d’Araucanie et de Patagonie.

Retour en arrière. Il y a quelques mois, j’avais rencontré le prince Philippe Boiry. Voilà ce qu’il disait sur les Mapuches :

” En 1989, je suis allé là-bas et j’ai rencontré une cinquantaine de responsables d’associations mapuches. Le succès médiatique de mon voyage a provoqué une conscientisation de leur part. Par exemple, je les ai incité à demander l’autonomie plutôt que l’indépendance.

Le prince Philippe n’est pas fou. Il sait qu’il ne rétablira pas le Royaume d’Araucanie et de Patagonie sur les terres qui appartiennent désormais au Chili et à l’Argentine. Mais il voit sa monarchie comme une notion unificatrice pour les différentes tribus mapuches “avec cette nuance qu’il leur est difficile de l’admettre parce qu’ils ont un vieux fond de marxisme“, reconnaît-il.

Du côté Mapuche, Jorge Huenchullan, grande figure de la résistance interviewé dans le doc de France 3, c’est un autre son de cloche :

« La lutte mapuche se développe à l’intérieur de nos communautés, ici, à partir de notre propre existence. Il n’y a pas de lien avec des organisations étrangères qui nous pousseraient à être actifs dans la lutte. CELA N’EXISTE PAS« 

Bref, voilà le fameux documentaire (cliquez sur l’image pour voir la vidéo)

le documentaire de france 3 : Monseigneur et les Indiens

PS1 : N’hésitez pas à donnez votre avis sur le reportage dans les commentaires
PS2 : Si vous avez envie de voir des FICTIONS sur le Royaume d’Araucanie et de Patagonie, aller faire un tour dans la vidéothèque patagone…
PS3 : Merci à ceux qui m’ont prévenu de la diffusion de ce doc!

PS4: La musique qu’on entend en fond au début est l’hymne officiel du Royaume de Patagonie. 

Tu seras Patagon, mon fils!

Peut-être la lecture de ce blog vous aura-t-elle donné envie de devenir Patagon. C’est gratuit, cela n’engage que vous, et ce peut être un bon dérivatif à l’ennui post-moderne. Mode d’entrée au royaume de Patagonie.

1. Achetez du papier à lettre (sans lignes) et un beau stylo plume. L’encre noire est recommandée. Si vous ne maitrisez pas les pleins et les déliés, faites l’acquisition d’une machine à écrire Underwood 1915, un peu comme celle qui a servi à Elisabeth  de Miribel, la secrétaire du Général de Gaulle qui a tapé l’Appel dans l’après-midi du 18 juin 1940.

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Paroles de Patagons

Pendant mon enquête, j’ai rencontré beaucoup de Patagons. Même si je n’ai pas pu les citer tous dans mon enquête, ils racontent souvent mieux que moi ce qu’est leur royaume de Patagonie. Extraits. 

Birgit Kleymann est la première Patagone que j’ai rencontré. Elle est vice-consul du royaume pour le département du Nord, mais aussi membre du Corps des Volontaires de l’Aviation Légère de Patagonie.

Selon elle, les Patagons partagent quatre vertus cardinales : la mélancolie, la tendresse, la fierté et l’ironie.

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La vidéothèque patagone

Quelques films ont abordé, avec plus ou moins de succès, le royaume de Patagonie et l’épopée d’Antoine de Tounens. Zapping.

L'acteur Frederic van den Driessche dans le rôle d'Antoine de Tounens

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« Prenons la succession du roi ! »

A la fin des années 70, l’écrivain Jean Raspail  vient de publier Le Jeu du Roi, un roman où il évoque pour la première fois l’histoire d’Antoine de Tounens, ce notaire de Périgueux qui partit un beau jour de 1858 pour conquérir la Patagonie. Et qui faillit réussir. L’écrivain prépare un second roman sur le sujet dans sa maison fortifiée d’un petit village. Un soir, avec quelques amis, il lance sous forme de boutade (enfin peut-être pas), « et si on prenait la succession du roi ?« … Le royaume de Patagonie dans sa version moderne était né. Rencontre sonore avec le recréateur de l’univers patagon.

L'écrivain Jean Raspail

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